Dans cette petite ville voisine de Grenoble, les agressions à l’attention des homosexuels se multiplient depuis quelques temps. Toujours le même site de rencontres en ligne de mire, le fameux Coco qui semble être le traquenard le plus juteux des homophobes en goguette. En effet, bien que l’on en compte actuellement que trois affaires recensées par dépôt de plaintes, c’est bien en réalité d’une demi-douzaine dont il s’agirait. Le processus est toujours le même selon les enquêteurs : une prise de rendez-vous avec un homme gay via l’application, une rencontre avec les agresseurs qui le passent à tabac, lui volent son argent et le menacent avec un couteau en l’insultant de propos à caractère homophobe. Le dernier en date, remontant à début décembre, s’est soldé par l’arrestation de quatre jeunes gens dont un majeur qui a été placé en détention provisoire et trois mineurs sous contrôle judiciaire. L’enquête file la piste de ces détrousseurs qui ont fait de ce site internet un repaire facile pour exprimer une homophobie faite de violente gratuite et traumatisante.
Muse et amie de Nan Goldin, actrice dans les films de John Waters, écrivaine du vif, Cookie Mueller a dévoré la vie comme peu, sans entrave, dans les excès et la liberté, la folie et l’attrait de l’expérience comme porte-drapeau. Décédée à 40 ans des suites du sida, elle a touché à tout, profité de chaque instant. Personnage singulier, elle a consigné jour après jour les moments de son existence fugace et coup de poing dans son autobiographie intitulée Traversée en eau claire dans une piscine peinte en noir. Lorsque la metteuse en scène Justine Heynemann est tombée sur le manuscrit, vous pouvez entrevoir le choc et l’envie immédiate qui a été de catalyser le tout pour lui redonner vie sur scène. Le résultat est bluffant. Au théâtre de la Huchette, la comédienne Eléonore Arnaud campe avec maestria l’énergie démesurée qui anime cette héroïne punk. Un écrin restreint, un duo réduit à l’interprète et un musicien qui saccade l’ambiance à coups de guitare électrique en tout et pour tout au service d’un seul en scène exaltant. 35 ans après sa disparition ce spectacle fait revivre pour quelques instants la tumultueuse, tonitruante, fascinante et explosive Cookie, personnalité, indomptable, alternative et excessive. Remarquable !
Deux jours avant Noël, Prime Video sortait Escort Boys, une série qui repositionne la place du mâle dominant dans l’échiquier des relations. Quatre amis d’enfance décident pour sauver le domaine apicole qui les a vu grandir, de vendre leur corps aux volontés féminines. En 6 épisodes de 30 minutes, le réalisateur Ruben Alves a qui l’on doit le film Miss nous propose une relecture libre de la série israélienne Johnny and the Knights of the Galilee. Le résultat est brillant, servi par un casting de beaux gosses qui ne rechignent pas à donner du leur pour rendre le jeu plus vrai que nature. Guillaume Labbé, Corentin Fila, Thibaut Evrart et Simon Ehrlacher en mettent plein la vue avec la complicité de Marysole Fertard. Au-delà de voir ces gaillards nous gâter de leurs jolies plastiques, ce sont surtout la remise en question du statut patriarcal qui est pointée du doigt. Le jeu est inversé. Les femmes ont le pouvoir et ces hommes vont devoir mettre leur orgueil de côté pour les contenter dans leurs délires, leurs envies, leurs fantasmes, leurs sexualités. Ce renversement de situation fait du bien à un moment où #MeToo est plus que jamais de retour sur le terrain médiatique. On constate les travers des injonctions subies sous le prisme masculin sur la gente féminine, l’emprise et la violence qui l’accompagne. Subtile et engagée, c’est une belle prise de position qu’Escort Boys nous propose. Servi par une pléiade de noms qui viennent se greffer au fil de l’histoire parmi lesquels Rossy de Palma, Zahia, Carole Bouquet, Amanda Lear, cette série est une belle surprise pour commencer 2024 et une excellente invitation pour repenser la société.