Il aura fallu attendre 10 ans pour que Nevada d’Imogen Binnie soit enfin publiée en France. Ce livre culte aux USA nous présente Maria, une libraire trans de New York qui est un peu paumée dans sa vie. Côté perso comme pro, tout fiche le camp jusqu’au jour où elle décide de tout plaquer pour se trouver et pour cela elle part pour le Nevada. Redonner du sens à son existence et nous interroger sur le fait de se reconnecter à qui l’on est vraiment, voilà le point central de ce roman. Dans un premier temps, nous sommes les confidents des aléas de Maria, observateur de ces ratés, elle qui est tellement à l’ouest qu’elle en oublie même ces injections d’œstrogène et se noie dans l’alcool. Mais est-ce une voie de sortie, un exutoire ? L’envie d’un ailleurs va la booster et lui offrir de meilleurs lendemains. Le road trip qu’elle entreprend lui permet de remettre les compteurs à zéro. Référence dans le monde littéraire, Imogen Binnie est la première autrice trans à être publiée aux Etats-Unis et de cette expérience elle puise l’essence de cet ouvrage majeur. Véritable introspection, nous vivons avec Maria sa transition, le quotidien d’une femme trans, l’approche de la société sur la question de genre, l’évolution des mentalités… Son style soigné et décalé, punk et plein de doux sentiments, de perte de repères et de convictions renforce l’impression de partager un moment privilégié de vie. Embarquer pour un vibrant voyage intérieur où cette échappée belle permet de comprendre ce qu’est être trans. A offrir, à se faire offrir, à prêter, à lire et relire.
Nevada, de Imagen Binnie, éditions Gallimard, 23€, 304 pages.
Dans les années 1990, une série de meurtres touche la communauté homosexuelle de New York. Dans l’indifférence la plus totale de la police, le fait passé inaperçu comme volontairement invisibilisé et les victimes oubliées. Dans cette enquête intitulée Last call Elon Green revient sur cette histoire qui a traumatisé la communauté à l’époque en lutte avec les ravages du sida. Alors que ces huit assassinats restent non élucidés, il remonte le temps et nous relate la vie cachée des gays de l’époque, et comment le meurtrier a procédé pour dénicher ces futures proies dans un piano-bar très fréquenté par les hommes de Big Apple avant de les tuer et de les démembrer. C’est dans ce climat de peur, que l’auteur nous pique au vif d’une histoire bien réelle qui nous fait frissonner par la barbarie des homicides, les stratagèmes mis en place, la perversité de l’assassin mais surtout la peur que cela a produit. Cette traque fastidieuse et longue met en lumière une homophobie systémique et nous permet de comprendre la couverture médiatique et judiciaire de cet épisode sanglant. Last Call réhabilite l’existence de ces hommes disparus et leur offre un adieu vibrant.
Saisie par des associations, la Cour suprême a indiqué ne pas être habilitée à légaliser le mariage entre personnes du même sexe. Selon son président, cela relève du Parlement, en indiquant toutefois que l’Inde avait le devoir d’accorder une forme de reconnaissance aux relations entre personnes de même sexe, et celui de protéger ces dernières contre toute forme de discrimination. Du côté du gouvernement conservateur, « vivre ensemble en tant que partenaires et avoir des relations sexuelles entre personnes du même sexe (…) n’est pas comparable au concept de l’unité familiale indienne, composée d’un mari, d’une femme et d’enfants ». 5 ans après la dépénalisation de l’homosexualité, il y a encore du chemin à faire…
En 2004, 340 photographies, datant du début des années 1960, sont retrouvées aux puces de New York. Ces instantanés d’amateurs révèlent un vaste réseau clandestin de travestis entre les États-Unis et le Canada. Ils ont appartenu à la célèbre Susanna, qui accueillait régulièrement des amis travestis dans sa propriété des Catskill (NY). Essentielle à leur pratique du travestisme, la photographie est précieusement conservée par ses adeptes comme preuve de leur « fille intérieure ». Ces clichés retrouvés témoignent aujourd’hui de l’existence et de l’esthétique d’un réseau pionnier dans l’histoire transgenre américaine. Exposition aux Rencontres d’Arles 2023 (espace Van Gogh). Vous pouvez retrouver le film La Casa Susanna de Sébastien Lifshitz et Isabelle Bonnet (sorti au printemps 2023) en DVD.
À quoi renvoie le « Q » qui complète désormais le plus souvent les quatre lettres du traditionnel sigle LGBT ? « Queer » : est-ce une identité de genre ? une orientation sexuelle ? un mouvement politique ? une théorie académique ? Alors que l’on voit depuis quelques années le terme « queer » fleurir sur les pancartes lors des Marches des fiertés et se multiplier dans les ouvrages théoriques portant sur le genre et la sexualité ou encore dans les mots des activistes féministes, cet ouvrage entend aider les lecteurs et lectrices à y voir plus clair dans ce vaste champ des études et mouvements queers. Politiques des identités, rôles de genre, privilèges, exclusion, performance, normativité, liens entre sexualité, identité de genre, race et classe, influence de la pop culture... Queer Theory, une histoire graphique revient sur les concepts clés, les penseurs et penseuses les plus importantes – souvent peu connues du lectorat francophone –, les débats emblématiques et les événements historiques qui ont participé à l›émergence et la construction de la théorie queer. Engagé et drôle, ce livre à mi-chemin entre l’essai et la bande dessinée est un portrait unique de l’univers de la pensée queer, depuis sa naissance jusqu’à ses développements les plus actuels.
Activiste féministe lesbienne radicale depuis les années 1970, Dorothy Allison a connu le succès avec ses romans (L’Histoire de Bone, Retour à Cayro). En 1994, elle publie Peau, un recueil d’essais. Elle y parle de son enfance, d’inceste, de lesbophobie. Elle raconte son engagement féministe, sa sexualité, les « Sex Wars » des années 1980. Elle partage ses réflexions sur la littérature : comment écrire l’extrême misère sociale, comment écrire sur le sexe ? Un livre tout à la fois intime, décapant et profondément politique, réédité avec sept textes inédits en français.

« Se sentir trans par effet de contagion ? », c’est ainsi que Floréane Marinier, journaliste à L’Obs est revenue sur une théorie « d’apparition subite de la dysphorie de genre » comme une mode. L’Association des Journalistes LGBTQI+ est revenue sur ce point en s’interrogeant : « devient on trans à cause des réseaux sociaux et de ces ami.e.s en écho à cet article et à aux propos tenus dans une « Rapid Onset Gender Dysphoria – ROGD – » une théorie qui laisserait à penser de telles causalités. Précisons sur le ROGD, cela « a été conçu en 2018 pour décrire une prétendue épidémie d’adolescent·es faisant leur coming-out trans « sans crier gare » sous l’effet d’une contagion sociale facilitée par des problèmes de santé mentale » apprend on dans le GLAD !, La Revue sur la langue, les genres et la sexualité. Il s’avère que rien n’a été prouvé scientifiquement comme cela est affirmé. Cette hypothèse fait pourtant des rebonds en France et le lot des milieux les plus LGBT-phobes comme on le découvre dans l’article de L’Obs. La journaliste y relatait la peur de parents d’une école du 6e arrondissement de Paris qui ont vu dans l’intervention des membres de l’association OUTrans, du « prosélytisme » et de la « conversion de genre ». Vous pouvez aisément imaginer la réaction de l’école : stopper net les séances sur le sujet au lieu d’expliquer la démarche. L’éducation fait une fois de plus volte-face à son devoir d’apprentissage et laisse dans l’ignorance des enfants qui peuvent être en questionnements sur leur genre.