Thèmatiques
Articles | Brèves
  • « Quand vous vous déclarez lesbienne, il y a toujours quelqu’un sur votre route pour tenter d’improviser une petite thérapie de conversion à vos dépens », écrit la journaliste Marie Kirschen, ex-rédactrice en chef du site internet des Inrocks et fondatrice de la revue lesbienne Well Well Well. Avec ce petit essai qui se lit vite et bien, elle prend à bras le corps cette idée tenace selon laquelle les femmes seraient un choix « par défaut », que les lesbiennes seraient en réalité des hétéros n'ayant pas encore eu la chance de « tomber sur le bon ».
    Ce livre est à la fois un tour de piste des préjugés sur les lesbiennes, que l'autrice dézingue à coups de bons arguments et une réflexion sur l'effacement historique des lesbiennes et son corollaire : le dénigrement de la légitimité des couples lesbiens. Combien de couples de lesbiennes célèbres, écrivaines, artistes, intellectuelles, que les livres d'histoire ont longtemps présentées comme de simples amies ?
    Cette invisibilisation des lesbiennes va également de pair avec un manque sidéral de représentations dans les films et les séries télé, et quand bien même, les rares personnages lesbiens à l'écran cessent souvent de l'être au cours de l'intrigue, renforçant cette croyance lesbophobe selon laquelle cette identité ne serait qu'un pis-aller, une salle d'attente avant que « le bon » débarque et les remette dans le droit chemin. Un livre à offrir aussi bien à la pote un peu trop hétéronormée, au père pudique, à la grand-mère un peu trop curieuse ou à l'oncle facho de la famille. Mais aussi une mine de références culturelles saphiques à mettre entre toutes les mains lesbiennes.
    C'est parce que t'es pas encore tombée sur le bon : #lesbienne de Marie Kirschen, Ed. La Meute, 96 p., 11,50€.

    Annabelle Georgen
    Partager:

  • Ne laissons pas nos mémoires au placard. Avec l’exposition Résistances Queer à la bibliothèque municipale Buffon (75004) le dessinateur Pochep et le sociologue Antoine Idier transforment l’histoire LGBTQI+ en une immersion graphique mêlant humour et rigueur documentaire et brise le silence.

    Adapté de leur ouvrage chez Delcourt, ce parcours arrache un demi-siècle de luttes à l'invisibilité. L'objectif est sans détour : « Raconter l’histoire d’une minorité qui a dû se battre pour exister ». Du 1er au 30 juin, le trait de Pochep sert de bouclier contre l’oubli, mêlant humour et rigueur pour incarner les figures héroïques, de Stonewall aux combats actuels.

    A l’occasion du Mois des Fiertés, cette mission de transmission est vitale. Le point d’orgue : une rencontre-débat avec les auteurs le samedi 15 juin à 15h. Un rendez-vous nécessaire pour rappeler que, face à l'oppression, nos libertés ne sont jamais acquises. Un acte militant pour rappeler que nos libertés ne s’attendent pas, elles se dessinent.
    Infos : www.paris.fr

    Julien Claudé-Pénégry
    Partager:

  • L’autrice a scellé le destin de la future série Harry Potter sur HBO tout en confirmant son virage radical. En adoubant cette nouvelle adaptation dont elle sera productrice exécutive, l’autrice n’a pas seulement validé un projet financier colossal, elle a profité de l’arène numérique pour réitérer ses positions transphobes, notamment en saluant la décision des JO de bannir les athlètes transféminines des compétitions.

    Comme le souligne le Huffington Post, ce timing illustre une stratégie de « provocation systématique ». Ce mélange des genres — entre business magique et militantisme d'exclusion — crispe une fan-base déchirée. Pour beaucoup, le passage de « l'école de la tolérance » à la rhétorique TERF est une trahison pure et simple. Rowling ne se contente plus d'écrire des mythes, elle détruit le sien, prouvant que même avec une baguette, on ne peut effacer le mépris.

    Julien Claudé-Pénégry
    Partager:

  • La fin du monde est proche. Bientôt les quelques terres encore émergées seront rayées de la carte. Dans une base spatiale à l'abandon du nord de l'Europe, grignotée par la rouille et les embruns, une poignée de survivantes s'affaire autour d'une intelligence artificielle baptisée Memory Palace. Ces femmes, astronaute, hackeuse, high-technicienne, journaliste et botaniste, savent qu'elles sont condamnées à mourir, alors elles se sont données une ultime mission: envoyer en orbite les archives de l'humanité, une fusée dans l'espace comme une bouteille à la mer, pour que ces millions de vies presque toutes déjà éteintes continuent de briller ailleurs, un jour, peut-être. Une étincelle d'espoir par-delà le déluge.


    Il s'agit du premier roman de Léa Cuenin. Mêlant science fiction et vision queer-féministe, l'autrice tisse un récit autant captivant que poétique, à la chronologie savamment éparpillée, et à l'écriture d'une grande finesse. On le lirait presque d'une traite, tant le style est enlevé, les mots affleurant presque dans un souffle. Ses personnages aux caractères bien trempés sont attachants.

    Mues par une idée altruiste, belle et radicale, aux antipodes de la conquête spatiale des milliardaires fous et phallocrates de notre époque, les héroïnes de Léa Cuenin mènent leur projet mémoriel en s'entraidant. L'union fait la force. Celle de Memory Palace réside dans son inspirante leçon de féminisme, presque l'air de rien.
    Memory Palace de Léa Cuenin, Ed. Rivages, 240 p., 20€.

    Annabelle Georgen
    Partager:

  • Elio de Pixar concourait pour le meilleur film d’animation aux Oscars 2026. Etre en lice pour ce trophée est déjà une belle récompense, mais celle-ci aurait pu avoir une saveur encore plus agréable si l’histoire de ce petit garçon orphelin à l’origine queer n’avait vu son identité rabotée sous des prétextes fallacieux. Revenons sur les faits.

    Alors que Disney tente de retrouver sa recette miracle au box-office, son fleuron de l’animation, Pixar, vient de trancher dans le vif : l’intrigue LGBTQ+ initialement prévue dans le film Elio a été purement et simplement gommée. Selon les informations révélées par Le Figaro, cette décision radicale fait suite à une phase de « réécriture intensive » visant à recentrer le récit. Le film, qui conte l’odyssée d’un garçon propulsé ambassadeur de la Terre auprès d’un conseil d’extraterrestres, ne s'encombre plus de cette thématique jugée « non essentielle » par la direction actuelle. « Le studio cherche à revenir à des histoires plus universelles et moins clivantes après les échecs relatifs de ces dernières années », précise une source interne citée par les observateurs de l'industrie. La censure et la bien-pensance, moteurs de rentabilité sont privilégiées au grand désarroi des fans de la firme pourvoyeuse de rêves.

    Money is money.

    Julien Claudé-Pénégry
    Partager:

  • Vilains gaillards, ce fut d’abord un spectacle, initié et mise en scène par notre confrère journaliste Luc Biecq et mis en bouche par les comédiens Vincent Gaillard et Vincent Vilain. Une lecture gourmande, drôle et émouvante de poèmes érotiques gays du XIXe et XXe siècles, qui a enchanté les nuits d’Olympe, le restaurant-cabaret inclusif de Pantin. C’est désormais un recueil érudit, édité par La Musardine. On y retrouve des auteurs connus comme Rimbaud, Verlaine ou Apollinaire et son troublant VoyouSa queue éclatait sous mes lèvres. Comme une prune de juillet »), mais aussi des pépites oubliées comme le magnifique Sonnet pour l’Androgyne de Francis Latouche (mort à 28 ans !) ou la frondeuse Pipe au bois d’Albert Glatigny (« Je suis celui qui suce ! Au détour des sentiers… »). Le trio aux manettes voulait « une représentation vive, un hommage explosif et pétaradant aux orgasmes, aux plaisirs, au charme furtif – ou durable – des rencontres rapides, ratées ou délicieusement joyeuses ». Mission réussie.

    On se délecte de ces « coïts de lascars » et autres « ébats passionnés », souvent très crus, jouant avec les interdits et le mélange des classes sociales. Grâce à ce projet, ils ont une seconde vie salutaire, loin de la censure et de la morale bourgeoise.


    Vilains gaillards, de Luc Biecq, éditions La Musardine, 18€. En librairie depuis le 13 mai. 
    Signature aux Mots à la Bouche (Paris) le 28 mai  avec lecture des poèmes par Vincent Gaillard et Vincent Vilain 
    et reprise de la lecture- spectacle chez Olympe (Pantin) le 11 juin.

    Yannick Barbe
    Partager:

  • Une goutte de Chanel N° 5 pour tout vêtement, et un regard qui défie le temps. Soixante ans après sa disparition, l’ombre vaporeuse de Marilyn Monroe vient de nouveau hanter les écrans de la Cinémathèque française. La rétrospective baptiosée sobrement Marilyn Monroe : 100 ans ! qui se tient jusqu’au 26 juillet 2026, ne se contente pas de célébrer le sex-symbol ; elle réhabilite l'actrice totale.

    Du Technicolor flamboyant de Les Hommes préfèrent les blondes à la mélancolie crépusculaire de The Misfits, le parcours balaie les clichés pour révéler une technicité hors pair. On y découvre une Monroe architecte de son propre mythe, maniant l’autodérision avec une précision chirurgicale.

    Le cycle argumente brillamment que derrière le célébrissime « poupoupidou », se cachait une travailleuse acharnée de l'Actors Studio, capable de fragiliser l'objectif par sa seule présence. Une immersion nécessaire pour comprendre comment Norma Jeane a fini par dévorer Hollywood, avant d'entrer définitivement dans l'Histoire.
    Infos et réservations : cinematheque.fr

    Julien Claudé-Pénégry
    Partager:

  • Depuis la sortie du premier volet en 2013, le mystère entourant la vie sentimentale d'Elsa passionne les foules. Face à l'ampleur du mouvement #GiveElsaAGirlfriend, Jennifer Lee, co-réalisatrice et directrice créative de Disney, a enfin apporté une réponse aux fans. Interrogée par le média Billboard, la scénariste s'est dite « ouverte » à l'idée d'offrir une compagne à la Reine d'Arendelle. « Nous avons énormément de conversations à ce sujet », a-t-elle confié, tout en précisant que l'évolution du personnage dépendra avant tout de la direction narrative choisie par l'équipe.

    Si rien n'est encore gravé dans le marbre pour les futurs volets, cette déclaration marque un tournant historique. Disney, souvent critiqué pour sa prudence, semble prêt à écouter une audience avide de représentation LGBTQ+. Affaire à suivre.

    Julien Claudé-Pénégry
    Partager:

  • Audace et élégance. Le Palais Galliera ressuscite le siècle des Lumières, non comme un vestige, mais comme un désir persistant. L'exposition La mode du 18e siècle : un héritage fantasmé décortique ce dialogue entre paniers d'antan et podiums d'aujourd'hui. Ici, la soie s’encanaille et le corset se libère de sa rigueur historique pour devenir pur objet de style.

    « La mode se joue des codes dans un mouvement de reprise-relance toujours créatif », souligne Pascale Gorguet Ballesteros, commissaire de l'exposition. Entre une robe à la française et les réinterprétations baroques de Vivienne Westwood ou Dior, le parcours révèle un « paradis perdu » qui n'a cessé de hanter l'imaginaire des couturiers.

    Loin des clichés poussiéreux, l’exposition prouve que cet héritage est une matière vivante. Le 18e n'est plus une époque, c'est une esthétique réinventée : une silhouette « fantasmée » où le luxe d'hier devient l'audace de demain.
    Infos et réservations : palaisgalliera.paris.fr

    Julien Claudé-Pénégry
    Partager:

  • Adieu les scènes de concert, place aux plateaux de tournage. Après avoir conquis la planète avec son reggaeton, Bad Bunny s'attaque au septième art avec son premier grand rôle principal dans un long-métrage dédié à son île natale : Porto Rico. Loin d'un simple caméo, l’icône portoricaine incarnera un personnage central dans ce projet porté par le rappeur Residente, qui passe derrière la caméra.

     

    Selon Le Parisien, cette collaboration s'annonce explosive : « c’est la rencontre d’une flamme avec une dynamite ». Une métaphore qui souligne l'intensité attendue de cette fresque sociale et culturelle. Le film explore l'histoire complexe de Porto Rico. Pour Bad Bunny, ce passage au cinéma n’est pas un hasard de calendrier après sa performance au Super Bowl, mais une étape logique. L'artiste souhaite utiliser sa notoriété pour mettre en lumière les luttes de son peuple : « c’est un rêve de pouvoir raconter nos propres histoires », aurait confié l'artiste au magazine Premiere. Le rendez-vous est pris, et il s'annonce déjà historique.

    Julien Claudé-Pénégry
    Partager:

  • Derrière ce prénom un chouilla désuet se cache un festival pluridisciplinaire, inspiré par la révolutionnaire des sexes, Monique Wittig : « dans cette période où les violences systémiques s’exacerbent, où les espaces de liberté se réduisent, où les corps se crispent sur eux-mêmes, Chez Monique se veut un endroit refuge et ose encore les horizons et imaginaires grands ouverts ». Les 8 et 9 mai, on pourra picorer de tout, des trucs et des machins parmi ateliers, discussions, stands, performances, de belles propositions avec le Cirque Queer, Habibitch, Grace & Volupté Van Van.
    Programmation : chezmonique.fr.

    Bruno De
    Partager: