Dans un paysage où les boys’ love se ressemblent parfois, les éditions Hana nous réconforte d’une belle histoire : L’échappée belle - Notre voyage autour du monde de Mone Sorai. Asahi et Mitsuki, un couple de garçons aux personnalités bien différentes se lancent dans un tour du monde avec une promesse : se marier à la fin du voyage.
Aimer sans se cacher, exister sans s’excuser
« Je veux que tu me fasses une promesse, après avoir visité le monde entier, tu m’épouseras d’accord ? ». C’est sur ces mots que commence cette échappée belle, et très vite, on comprend que ce manga ne va pas seulement nous faire changer de décor, mais aussi de regard. Ainsi, à un moment, une question simple est posée à Asahi par un ami : « tu aimes Mitsuki ? ». Après une hésitation, la réponse tombe, timide mais honnête : « oui, bien sûr. » Et la réaction de cet ami est bouleversante : « alors chéris ces sentiments, reste comme tu es. ». Ces mots résonnent profondément pour de nombreuses personnes LGBT+. Le besoin d’être soutenu, reconnu, validé pour enfin se sentir normal. « Sois fier de toi. » Une phrase toute simple, mais immense quand on la lit, surtout quand on connaît les violences, les humiliations et les silences que subit encore notre communauté.
Le manga fait écho à What Did You Eat Yesterday ? ou Nana pour ces dessins et son style de récit réaliste et qui nous happe, comme Heartstopper, avec ce couple aux caractères opposés mais amoureux. Leur relation est montrée comme quelque chose de naturel et de simple.

L'oeuvre pose aussi une question aux premier abord banale mais forte de sens : est-ce qu’on peut s’assumer partout, surtout quand on voyage ? Dans certains pays, la culture est différente et l’homophobie est encore présente obligeant les couples à faire attention à la manière dont ils se montrent en public. Ici, lorsque Asahi et Mitsuki arrivent au Maroc, ils se disent qu’ils doivent être prudents. Le voyage devient alors aussi une réflexion sur la liberté d’aimer selon les pays et cela réveille l’angoisse de l’un des protagonistes, marquée par son éducation japonaise. Mais au fil des échanges et des découvertes, on le voit évoluer, s’ouvrir, et apprendre peu à peu à vivre et aimer comme il ne pensait jamais le vivre. La rencontre de deux femmes amoureuses dans un autre pays devient un déclic. Quelque chose bouge doucement chez Asahi et Mitsuki qui évoluent au fil des paysages et des discussions, comme si le monde qu’ils découvraient leur permettrait de nourrir leur amour.
Voyager, aimer, apprendre
On sent que la mangaka s’est documentée, avec beaucoup de respect et une curiosité pour les pays qu'on visite à travers le récit. « Mei est une femme avec un style masculin, un tomboy. ». Graphiquement on est vite happé prenant plaisir de regarder les pages : intérieurs de maisons, rues, paysages, plats et décors sont détaillés avec soin, sans jamais alourdir l’histoire. On voyage avec les personnages, on apprend en même temps qu’eux, et le périple devient autant géographique qu’intime. Tout au long de leur aventure, les découvertes culturelles se mélangent à des mots d’amour simples, parfois inattendus. Lire une phrase aussi anodine que : « je peux te tenir la main ? » et voir la réponse arriver, timide mais sincère : « oui, juste un peu. » fait immédiatement sourire. La scène se déroule d’ailleurs en France, dans un instant romantique. On voit alors ce personnage japonais sourire un peu plus (comme nous) et accepter peu à peu son homosexualité, et surtout accepter que l’homme de sa vie puisse lui toucher « un peu » la main. C’est tout en douceur et ça réchauffe le cœur.
Puis vient cette promesse du mariage : « voilà la bague que je t’ai promise. J’aimerais que tu passes toutes les prochaines fêtes de Noël à mes côtés. Joyeux Noël. » À laquelle son amoureux, surpris, répond : « je ne comprends pas ce que tu trouves de bien chez moi ! » Et la réponse, instinctive : « c’est à moi d’en décider. Les qualités ne se comptent pas. Je ne reste pas avec toi pour ça, je ne veux pas que tu te dénigres comme ça ».
Le voyage devient alors une véritable mise à l’épreuve de leur amour : « je me demande ce qu’il va se passer après ce long voyage. Je me demande s’il comprend vraiment l’ampleur de mes sentiments pour lui. » Au-delà de la découverte des pays, on plonge dans leur relation, mais aussi dans les réflexions apportées par les personnes qu’ils croisent tout au long de cette aventure humaine.
Avec le tome 4, sorti récemment, L’Echappée belle, notre voyage autour du monde s’impose comme un magnifique parallèle entre la découverte d’un amour qui grandit et celle du monde. Tandis qu’Asahi et Mitsuki font évoluer leur relation, ils enrichissent aussi leur regard en visitant d’autres pays et en découvrant la beauté d’autres cultures. C’est une œuvre douce, sincère et humaine, qui fait voyager autant le corps que le cœur.
L'échappée belle - Notre voyage autour du monde de Monde de Mone Sorai, Ed. Hana à 4,95 € (4 tomes, en cours, 7 au total au Japon)




