Depuis sa création en juillet 2021, l’association Wassla s’est structurée pour proposer du soutien, des événements festifs et des ateliers. Destinée aux personnes LGBTQIA+ venant des mondes arabes, elle compte aujourd’hui une centaine de membres et une trentaine de bénévoles. Son président et cofondateur, Nicolas Abi Chebel, lève le voile sur l’histoire de ce succès.
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Wassla fête ses 5 ans : quel a été le déclic précis, il y a cinq ans, pour créer cette association ?
Le déclic pour créer Wassla est né d'un drame : le suicide en juin 2020 de la militante queer égyptienne Sarah Hegazi, qui avait été contrainte de partir vivre au Canada. Lors des rassemblements en son hommage, un groupe de personnes a fait le constat qu’il était crucial de créer une communauté d'accueil en exil pour que personne ne se retrouve isolé face à ses traumatismes. De mon côté, j'étais bénévole à l’Ardhis et j’avais le souhait de lancer un réseau d’entraide arabophone. C’est finalement de la rencontre entre ce groupe ému par la mort de Sarah et moi-même que l’association est née. Quant au nom, le mot signifie « lien » en arabe, il a fait l’objet de beaucoup de discussions.
Diriez vous que Wassla est une association d'auto-support ou de convivialité ?
Pour nous, l'important, et c'est inscrit dans nos statuts, c'est de créer un espace d'expression sécurisé de solidarité. Avec un côté social et culturel pour la convivialité, tout en restant ouvert aux alliés, et une forte dimension d'autosupport. Aujourd'hui, comme on se structure, qu'on se forme et qu'on gagne en visibilité, les gens viennent naturellement nous voir pour exprimer leurs besoins au sein de cette communauté qui partage la même culture.
Les questions de double discrimination (racisme et homophobie/transphobie) sont souvent au cœur des récits : comment Wassla aide-t-elle ses membres à vivre au mieux ?
En tant qu'association d'autosupport, Wassla est principalement gérée par des personnes concernées qui ont elles-mêmes vécu la double discrimination, ce qui nous permet d'agir à partir de notre propre expérience. Pour surmonter ces épreuves, nous aidons d'abord les personnes à accéder à leurs droits face aux entraves administratives ou à la demande d'asile, et nous faisons de la médiation culturelle ou linguistique auprès des travailleurs sociaux et des professionnels. Nous luttons contre ces discriminations par le biais de la santé mentale, en proposant des ateliers d'art-thérapie et une permanence psychologique directement en arabe levantin ou maghrébin.
Vous vous adressez aux personnes LGBTQI+ originaires du monde arabe, ce qui fait une vingtaine de pays environ. Vos adhérents viennent-ils de partout ?
Comme nous sommes conscients de la grande diversité culturelle de notre communauté, nous préférons parler « des mondes arabes et arabophones » pour englober toutes les sensibilités et les cultures. Nos membres reflètent la diaspora présente en France : ils viennent majoritairement du Maghreb (Algérie, Tunisie, Maroc) et du Proche-Orient (Liban, Syrie, Irak, Jordanie, Palestine, Soudan), avec, pour le moment peu de personnes originaires de Libye par exemple.
Votre offre d'activités est très originale, mêlant danse, crochet et loisirs : pourquoi avoir choisi ces disciplines plutôt que des groupes de parole traditionnels ?
Pour répondre aux attentes de chacun, nous diversifions nos activités selon les parcours et les appétences de nos membres, allant d'un club de lecture à des formats plus ludiques. Concernant la santé mentale, nous avons suspendu les groupes de parole classiques, moins fréquentés, au profit d'approches comme l'art-thérapie. Nous développons également des balades thérapeutiques, un format informel qui s'avère souvent moins intimidant pour libérer la parole.
Diriez-vous que la pratique de la danse ou de l’art-thérapie aide concrètement à libérer la parole ou à rompre l'isolement de vos membres ?
Au-delà de la libération de la parole, rompre l'isolement et favoriser la rencontre « dans la vraie vie » sont au cœur même de l'ADN de Wassla. Cet objectif de socialisation se retrouve dans toutes nos propositions, notamment à travers des activités culturelles comme le ciné-club. C'est également tout le sens du « Wassla Café », un projet historique de l'association pensé dès le début pour encourager les échanges, les sorties et le plaisir d'être ensemble.
Vous êtes hébergés à La Bulle : qu'est-ce que ce lieu engagé et collectif apporte à l'association ?
En tant qu'association fondatrice de La Bulle, nous y avons trouvé un lieu ressource où l'on se sent bien et où l'on partage des valeurs communes. Cet espace partagé crée d'immenses synergies professionnelles et des accompagnements conjoints. Nous collaborons ainsi étroitement avec l'Ardhis sur l'asile, avec des associations trans comme Le Flirt pour un accueil adapté, et avec Chemspause, pour les personnes pratiquant le chemsex.
Avez-vous repéré des freins lors de ces cinq années de développement ?
Tout s'est passé de façon très fluide, notre défi permanent reste l'engagement et la fidélisation des bénévoles pour maintenir le rythme. C'est pourquoi nous avons mis en place une gouvernance claire, pour assurer la continuité de ses activités, l'association a récemment regroupé ses programmes au sein d'un pôle Solidarité, divisé en trois branches : « accueil solidarité asile », « intégration » (droits administratifs) et « santé » (psychologique et bientôt sexuelle), permettant ainsi d'encadrer efficacement les responsables de projets et les équipes. Notre priorité et principal défi est désormais de structurer cette croissance afin de répondre efficacement à l'augmentation constante des demandes d'aide et de partenariats solidaires ou culturels.
Auriez-vous une histoire marquante ou une belle victoire d'un de vos membres, rendue possible grâce à l'association, à nous partager ?
Aux toutes premières heures de Wassla, nous avons croisé la route d’une personne trans, neurodivergente, profondément marquée par la rue et l’exil. Au-delà des démarches d'asile, nous voulions lui offrir un refuge humain pour briser son isolement. Un de nos bénévoles a commencé à lui rendre visite. Pas à pas, la confiance a refleuri : il y a eu une première sortie au restaurant, des vêtements achetés ensemble, puis sa toute première Marche des Fiertés. Voir ses yeux briller de liberté au milieu de la foule reste pour nous une explosion d’émotions inoubliable. Grâce à ces échanges, elle s’est réconciliée avec son corps. Elle a repris son traitement hormonal, a recommencé à prendre soin d'elle et à habiter sa propre vie. Aujourd’hui, elle a son propre logement et elle est revenue à l'un de nos événements, pour nous présenter ses nouveaux voisins. C’est notre plus grande fierté, une de ces renaissances avec lesquelles l’âme de Wassla s’est forgée.
Pour en savoir plus : instagram.com/wassla.ngo
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