En une poignée d'années, Thomas La Hess, 33 ans, s'est fait un nom comme créateur de contenus engagés, et jubilatoires. Le jeune homme, ouvertement gay, étrille de son flegme tranchant les personnalités les plus réactionnaires, de Dora Moutot à Trump, tout en réagissant au traitement de l'actualité.
« Est-ce que Patrick Bruel est Afghan, est-ce que Gérard Depardieu vient d’un pays du Maghreb ? » Demande Thomas La Hess à la présidente du collectif d’extrême droite Némésis Alice Cordier, dans une vidéo qui cumule des dizaines de milliers de vues. Mais avant de cartonner sur TikTok et sur Instagram, le jeune homme, dont vous connaissez sans doute le ton blasé et monocorde, avait des rêves de cinéma. Scénariste et comédien, il réalisait des courts-métrages et peaufinait sa bande démo d’acteur quand sa première vidéo sur la députée européenne sarkozyste Nadine Morano a fait exploser ses réseaux sociaux il y a trois ans.
Depuis, nombre de figures réacs ont retenu son attention : Jordan Florentin, Barbara Lefebvre, Rachel khan, Marion Maréchal, Jean-Marc Morandini, Aurore Bergé, Sarah Knafo, Sophia Aram, Alice Cordier, Pierre-Jean Chalançon… avec quelques incursions à « gauche » du côté de François Ruffin ou de Raphaël Glucksman.
en juger par ses centaines de milliers d’abonnés, le public apprécie l’ironie avec laquelle il commente l’actualité, et sa répartie incisive. Ainsi, lorsqu’il tombe sur la vidéo d’un homme devant un animal embroché, et qui s’écrie à destination de Sandrine Rousseau, « on mange du cadavre de porc, et je t’emmerde », Thomas La Hess enchaîne sans se départir de son personnage : « c’est Patrick Bruel qui est en train de tourner ? Bah au moins il ne recommencera pas. Non parce que vous aviez dit que vous alliez manger un cadavre de porc… » Où l’art de faire cohabiter l’actualité, sans rien lâcher.
Tu as fait plusieurs vidéos sur Alice Cordier, la présidente de Némésis. Selon toi, elle représente un vrai danger, où elle n’est qu’un prétexte pour déconstruire certaines idées ?
Alice Cordier ne m’intéresse pas en tant que telle. Quand je l’évoque en vidéo, c’est surtout pour aborder la propagande et la montée de l’extrême droite. Alice Cordier est une figure médiatique qui profite de sa visibilité pour faire passer des idées nauséabondes, et, ce qui m’intéresse, c’est la manière dont elle le fait. Némésis m’a d’ailleurs menacé de me traîner en justice en raison de mes vidéos sur Quentin Deranque [Militant d’extrême droite mort de ses blessures à Lyon en février 2026 après une rixe avec La Jeune Garde, un collectif d’extrême gauche]. De la même manière, quand je parle de Gabriel Attal, c’est avant tout pour traiter des mécanismes absurdes de la politique.
Quel rapport entretiens-tu avec les partis ? J’ai remarqué que tu frappais rarement sur LFI par exemple…
Sur les écolos non plus. J’ai commencé à faire des vidéos de façon indépendante, et je ne compte pas m’affilier où que ce soit. En revanche, j’essaie de taper le moins possible sur la gauche. Ma priorité, c’est la lutte contre l’extrême droite. En quelques années, j’ai vu beaucoup de gens basculer et adhérer à leurs idées. Cette dédiabolisation me fait peur. Je ne comprends pas comment ils peuvent aujourd’hui atteindre 32% dans les sondages au premier tour.
Qu’est-ce qui te pousse à faire tout ça, à t’exposer ?
À la base, je ne regarde pas du tout la télé, mais plutôt des films et des séries sur mon ordinateur. Mais contrairement à moi, ma famille regarde beaucoup les chaînes d’information, et c'est en passant du temps avec eux que je me suis rendu compte de la violence des discours qui sont tenus, par exemple, sur CNews, et l’impact que cela peut avoir sur les gens, notamment lorsqu’ils découvrent un sujet par ce biais-là. Par exemple, il y a beaucoup de personnes qui n’ont pas l’occasion de rencontrer des LGBT+ dans leur quotidien, et qui vont forger leur avis à travers les prises de position de Pascal Praud [animateur de l’émission réactionnaire L’Heure des pros, sur CNews].
C’est donc pour ta famille, ou pour des gens similaires, que tu fais tes vidéos ?
Je pense qu’il y a quelque chose de ça. Mais je le fais aussi pour moi, pour montrer qu’il n’est pas possible de m’invisibiliser parce que je suis LGBT, et que je suis plus légitime que des chroniqueurs hétéros pour traiter de certains sujets.
Récemment, tu n’as pas hésité à faire une vidéo sur la DJ Barbara Butch, qui bénéficie d’un totem d’immunité dans la communauté. Tu as hésité avant de la faire ?
Ça m'embête pour tout ce qu'elle représente en tant que personne, mais je ne veux rien m’interdire. Concernant cette vidéo, j’ai hésité pour ne pas nourrir le harcèlement qu’elle subit déjà, et que je subis aussi à une échelle différente, et pour d’autres raisons. Mais en même temps, Barbara Butch vient du milieu LGBT+, du milieu électro-techno, et tout ce qui touche à la loi Yadan va à l’encontre de ces valeurs [Barbara Butch a signé une tribune de soutien à ce projet de loi jugé liberticide et anti-palestinien]. On fait tous des conneries, et il faut aussi en accepter les conséquences. Ça vaut pour elle, comme pour moi. Le plus étrange, c’est ceux qui likent la vidéo alors qu’ils travaillent avec elle. En fait, je crois que les gens m’apprécient car je me mets dans la sauce pour eux.
Tu as beaucoup pris position pour le sort des Palestiniens, est-ce sur ce sujet que tu as reçu le plus d’attaques ?
En fait beaucoup de gens sur internet cherchent à se lâcher, et prennent pour prétexte mes vidéos, quel que soit le sujet politique, pour m’attaquer sur mon homosexualité. Ça a bien sûr été le cas sous celles sur la Palestine, mais je continuerai d’en faire. Je suis content de pouvoir aider, à mon échelle.
Tu as dit dans une vidéo que lorsque tu as buzzé sur les réseaux, ta santé mentale n’était pas au top. Comment ça va aujourd’hui avec tout ce qu’il t’arrive ?
L’expérience des réseaux sociaux m’a prouvé que je suis plus fort psychologiquement et plus équilibré que je ne le pensais. Alors oui, il y a du harcèlement, des menaces de mort etc, mais j’ai les épaules pour.
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