Beau livre / Casa Susanna
En 2004, 340 photographies, datant du début des années 1960, sont retrouvées aux puces de New York. Ces instantanés d’amateurs révèlent un vaste réseau clandestin de travestis entre les États-Unis et le Canada. Ils ont appartenu à la célèbre Susanna, qui accueillait régulièrement des amis travestis dans sa propriété des Catskill (NY). Essentielle à leur pratique du travestisme, la photographie est précieusement conservée par ses adeptes comme preuve de leur « fille intérieure ». Ces clichés retrouvés témoignent aujourd’hui de l’existence et de l’esthétique d’un réseau pionnier dans l’histoire transgenre américaine. Exposition aux Rencontres d’Arles 2023 (espace Van Gogh). Vous pouvez retrouver le film La Casa Susanna de Sébastien Lifshitz et Isabelle Bonnet (sorti au printemps 2023) en DVD.
Casa Susanna, de Isabelle Bonnet, Sophie Hackett, Ed. Textuel. 45€, 192 pages
Roman graphique/Queer theory, une histoire graphique
À quoi renvoie le « Q » qui complète désormais le plus souvent les quatre lettres du traditionnel sigle LGBT ? « Queer » : est-ce une identité de genre ? une orientation sexuelle ? un mouvement politique ? une théorie académique ? Alors que l’on voit depuis quelques années le terme « queer » fleurir sur les pancartes lors des Marches des fiertés et se multiplier dans les ouvrages théoriques portant sur le genre et la sexualité ou encore dans les mots des activistes féministes, cet ouvrage entend aider les lecteurs et lectrices à y voir plus clair dans ce vaste champ des études et mouvements queers. Politiques des identités, rôles de genre, privilèges, exclusion, performance, normativité, liens entre sexualité, identité de genre, race et classe, influence de la pop culture... Queer Theory, une histoire graphique revient sur les concepts clés, les penseurs et penseuses les plus importantes – souvent peu connues du lectorat francophone –, les débats emblématiques et les événements historiques qui ont participé à l›émergence et la construction de la théorie queer. Engagé et drôle, ce livre à mi-chemin entre l’essai et la bande dessinée est un portrait unique de l’univers de la pensée queer, depuis sa naissance jusqu’à ses développements les plus actuels.
Queer theory, une histoire graphique de Meg-John Barker, Jules Scheele, Ed. La découverte, 20€, 180 pages
Essais/Peau - A propos de sexe, de classe et de littérature
Activiste féministe lesbienne radicale depuis les années 1970, Dorothy Allison a connu le succès avec ses romans (L’Histoire de Bone, Retour à Cayro). En 1994, elle publie Peau, un recueil d’essais. Elle y parle de son enfance, d’inceste, de lesbophobie. Elle raconte son engagement féministe, sa sexualité, les « Sex Wars » des années 1980. Elle partage ses réflexions sur la littérature : comment écrire l’extrême misère sociale, comment écrire sur le sexe ? Un livre tout à la fois intime, décapant et profondément politique, réédité avec sept textes inédits en français.
Peau : à propos de sexe, de classe et de littérature, de Dorothy Allison, collection Sorcières, Ed. Cambourakis. 13,50€, 320 pages


« Se sentir trans par effet de contagion ? », c’est ainsi que Floréane Marinier, journaliste à L’Obs est revenue sur une théorie « d’apparition subite de la dysphorie de genre » comme une mode. L’Association des Journalistes LGBTQI+ est revenue sur ce point en s’interrogeant : « devient on trans à cause des réseaux sociaux et de ces ami.e.s en écho à cet article et à aux propos tenus dans une « Rapid Onset Gender Dysphoria – ROGD – » une théorie qui laisserait à penser de telles causalités. Précisons sur le ROGD, cela « a été conçu en 2018 pour décrire une prétendue épidémie d’adolescent·es faisant leur coming-out trans « sans crier gare » sous l’effet d’une contagion sociale facilitée par des problèmes de santé mentale » apprend on dans le GLAD !, La Revue sur la langue, les genres et la sexualité. Il s’avère que rien n’a été prouvé scientifiquement comme cela est affirmé. Cette hypothèse fait pourtant des rebonds en France et le lot des milieux les plus LGBT-phobes comme on le découvre dans l’article de L’Obs. La journaliste y relatait la peur de parents d’une école du 6e arrondissement de Paris qui ont vu dans l’intervention des membres de l’association OUTrans, du « prosélytisme » et de la « conversion de genre ». Vous pouvez aisément imaginer la réaction de l’école : stopper net les séances sur le sujet au lieu d’expliquer la démarche. L’éducation fait une fois de plus volte-face à son devoir d’apprentissage et laisse dans l’ignorance des enfants qui peuvent être en questionnements sur leur genre.
Kaos GL a subi la foudre des bien pensants. Pour célébrer son 29ème anniversaire, l'organisation turque de défense des droits LGBT a lancé une vidéo intitulée « main dans la main contre la haine ». Elle met en scène deux femmes se tenant la main dans le métro d'Istanbul, provoquant des réactions inattendues de solidarité des passagers. Menaces de mort à l'encontre des actrices et acteurs, critiques de la société de transport en commun qui a autorisé le tournage ont entraîné des poursuites judiciaires initiées par l’entreprise de transport, forçant Kaos GL à retirer la vidéo des réseaux sociaux. En Turquie, gouvernement conservateur et religieux musellent la communauté LGBTQ+, encore plus depuis l’arrivée au pouvoir d’Erdogan en 2003. 